Au Coeur du Combat (bande annonce)

2011 / couleur / 90 min / 1080i50 /

 

Critique dans le Monde

 

Tourné à Paris, à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, Au cœur du combat se construit en immersion dans le quotidien de six malades du cancer. Prise dans la routine des visites médicales, la caméra passe de chambre en chambre, d’un corps souffrant à l’autre, dans les pas du personnel soignant : un médecin parfois, le plus souvent les infirmières, présence plus stable et familière entre les murs blancs qui accueillent le combat contre la maladie.

 

Le parti pris est simple : montrer le cancer à contre-courant du drame, dans sa réalité quotidienne. Non que la douleur et les angoisses soient évacuées, mais elles passent, comme le reste, moment plus ou moins long d’une journée qui aura également eu son lot de soleil et de sourires. La vie du cancer, en somme, avec ses doutes et ses percées d’espoir, comme un ciel nuageux où l’ombre et la lumière se disputent la place, et cohabitent souvent malgré elles.

 

Le cancer comme pénombre. A l’exception de quelques plans rapprochés d’une dame âgée souffrant d’un cancer des amygdales, à qui la radiothérapie n’a laissé sur le cou qu’un mince vêtement de peau sanglante, aucune acmé, aucune urgence. La parole est mesurée, les voix posées, tout sera dit, le diagnostic encourageant comme la mort prévisible, sans brusquerie ni frénésie d’épargner malgré tout. Il n’y a pas de scandale, mais un immense espoir dans le constat que l’on devine : bien soigné, médicalement et humainement, on peut trouver le cancer vivable.

 

Au cœur du combat n’est pas le premier et ne sera pas le dernier documentaire à se pencher sur le cancer. La chorégraphie des gestes médicaux de tous les jours, l’arsenal mécanique des seringues, perfusions et masques, n’étonneront que les heureux qui n’ont jamais été contraints d’arpenter les couloirs blancs d’un hôpital. Surprenante, en revanche, cette non-pertinence des attributs tragiques du cancer, les cris et les grincements de dents, la désarmante accélération du mal et la lenteur des hommes, l’angoisse existentielle.

 

Devenu familier, le cancer n’est pas moins redoutable. Ils sont nombreux, pourtant, infirmières et patients, stoïciens de métier et de fortune, à lui tenir tête. Rien d’autre n’intéresse Ivan Castellano que ce regard frontal sur la mort, qui fait se ressembler tous les visages et donne à chaque jour son sens. Le reste se dit parfois, mais ne se montre guère.

 

 

 

© Antonin MABILLE